jeudi 14 janvier 2010

HAÏTI : D'ABORD UN PEUPLE

Je ne sais pourquoi, mais encore tout petit je m’intéressais à ce pays sous la gouverne autoritaire de ce médecin, devenu par la suite PAPA DOC. Mes souvenirs me rappellent les « tontons macoutes », cette police au service du grand PATRON, qui n’avait aucun sentiment. Elle coupait les têtes, assassinait des femmes et des enfants. Elle le faisait comme si elle allait à l’épicerie du coin pour y acheter une pinte de lait. Ces souvenirs me rappellent également que c’était une terre recherchée pour y passer des vacances au soleil. C’était devenu une destination incontournable pour des milliers de Québécois. D’ailleurs, plusieurs y vivaient comme missionnaires, d’autres comme coopérants d’organismes d’aide internationale et un certain nombre comme entrepreneurs ou hôteliers. Une ou deux fois par année on nous parlait dans les églises de la pauvreté du peuple et de la nécessité d’apporter une aide aux missionnaires qui y déployaient leur action. On ne nous disait pas pourquoi ils étaient si pauvres.

Haïti, pays de 8.3 millions d’habitants (statistique de 2005), est l’histoire d’un peuple d’esclaves que l’Espagne, puis la France, au 17ième et 18ième siècle, ont fait émigrer de l’Afrique vers ces nouvelles terres pour y travailler aux grandes plantations de canne à sucre et de café. Voici ce qu’en dit la fiche technique sur la République d’Haïti :

« La colonie de Saint-Domingue, qu'on appelait souvent «la Saint-Domingue française», devint la colonie européenne la plus riche de tout le Nouveau Monde. À la fin du XVIIIe siècle, la valeur des exportations de Saint-Domingue (Haïti) dépassait même celle des États-Unis; cette prospérité reposait sur les cultures commerciales de sucre et de café pratiquées dans de grandes plantations employant près de 500 000 esclaves noirs et encadrés par quelque 30 000 Blancs. En 1789, à la veille de la Révolution française, la colonie de Saint-Domingue comptait plus de 700 000 esclaves, ce qui était un nombre nettement supérieur par rapport au nombre des Blancs (moins de 50 000); dans la partie espagnole de l'île, on ne comptait que 30 000 esclaves. »

Prenant en compte le fait que la population, à cette époque, n’était pas de 8.3 millions d’habitants, mais plutôt d’un peu moins d’un million, c’est dire qu’il s’agissait bien d’un peuple d’esclaves au service de la France de cette époque.

En 1804, ce fut la déclaration d’indépendance. Aucun pays n’appuya ce nouvel État noir. La France exigea même une compensation de 150 millions de francs, soit 21 milliards de dollars d’aujourd’hui, contribuant ainsi à ruiner l’économie de l’Ile. Ce fut le début d’une période confuse. Entre 1804 et 1957, quelque 24 chefs d'État sur 36 seront renversés ou assassinés. Ce ne sera qu’à partir de 1867, qu’Haïti, après avoir été mis au ban des Nations sera reconnu progressivement par la France, les États-Unis et le Saint-Siège.

L’occupation étasunienne se réalisa progressivement au début du siècle pour s’imposer définitivement en 1915. Voici comment la fiche technique décrit cette période :

« Le pays fut, dans les faits, gouverné exclusivement par des Mulâtres jusqu'en 1910 et connut une période de prospérité relative. Dès 1906, les compagnies américaines commencèrent à construire des voies ferrées et à exproprier les paysans sans titres de propriété. Les Américains finirent par occuper militairement Haïti, le 28 juillet 1915. En 1918, tout le pays fut en état d’insurrection. On estime que la guérilla a fait au moins 15 000 morts. Washington mit alors en place un gouvernement soumis à ses volontés et s’engagea en contrepartie à fournir à Haïti une aide politique et économique. Au cours de cette période, Les Américains firent adopter trois lois restreignant la liberté de la presse.

Les travaux de modernisation, dont la mise en place d’une infrastructure routière, l'amélioration des techniques agricoles et le développement du réseau téléphonique furent accélérés. Toutefois, cette marche forcée vers la modernité se fit aux dépens des couches les plus défavorisées de la population. Les Haïtiens conservèrent une forte hostilité envers l'occupant américain qui n'hésitait pas, si la situation semblait l'exiger, à fusiller des Haïtiens par centaines à la fois. En août 1934, les États-Unis quittèrent Haïti. La fin de l’occupation, ajoutée aux conséquences de la crise économique mondiale, engendra le retour à l’instabilité et encouragea les velléités dictatoriales des dirigeants locaux »

De 1945 à 1957, ce sera l’alternance entre gouvernements élus et coups d’État militaires. En 1957, François Duvalier est élu Président grâce au soutien des noirs qui virent en lui l’occasion de mettre fin au règne des mulâtres. La fiche technique décrit sa gouverne en ces termes :

« Dès le départ, François Duvalier imposa une politique répressive en interdisant les partis d’opposition, en instaurant l’état de siège et en exigeant du Parlement l’autorisation de gouverner par décrets (31 juillet 1958). Le 8 avril 1961, il prononça la dissolution du Parlement.
 
Le régime s’appuya sur une milice paramilitaire, les Volontaires de la sécurité nationale surnommés les «tontons macoutes». Avec cette garde prétorienne personnelle, il neutralisa l’armée, sema la terreur dans tout le pays et parvint à étouffer toute résistance. Après des rumeurs de complot, il renforça la répression et, en 1964, il se proclama «président à vie». Il exerça jusqu'à sa mort une implacable dictature (on compta 2000 exécutions pour la seule année 1967). En janvier 1971, une modification de la Constitution permit à François Duvalier de désigner son fils, Jean-Claude, comme successeur.
 
À la mort (de façon naturelle) de Papa Doc, le 21 avril 1971, Jean-Claude Duvalier, 19 ans (d’où son surnom de «Baby Doc»), accéda à la présidence de la République. Amorçant une timide libéralisation du régime, Jean-Claude Duvalier exerça une dictature dont son père aurait été fier. Puis, son régime s'enfonça dans la corruption et l'incompétence. En 1986, un soulèvement populaire renversa le fils Duvalier qui partit se réfugier dans le sud de la France et... dépenser sa fortune (ce qui est maintenant fait).

Toutefois, la fin de la dictature des Duvalier ne signifia pas la fin de la répression. Une junte militaire dirigée par le général Henri Namphy s'empara aussitôt du pouvoir. Un nouveau coup d'État remplaça la junte par le général Prosper Avril qui demeura au pouvoir de 1988 à1990. Acculé au départ en mars 1990, il démissionna pour ouvrir la voie à des élections sous contrôle international. »

L’élu, Jean-Bertrand Aristide, est un prêtre catholique, près des pauvres et dont la pensée s’inspire beaucoup de la théologie de libération. Une élection qui ne plaira pas tellement au grand voisin du Nord. Son règne sera donc marqué par de nombreux obstacles. Dès 1991, ce sera un coup d’État militaire qui le chassera du pays, Il se réfugiera aux États-Unis. Il y restera trois ans, le temps que prenne fin son mandat. De quoi faire penser à ce qui vient de se passer au Honduras avec le Président Zelaya.

Il se présenta de nouveau aux élections de 2000 qu’il remporta avec plus de 91% des voix. Il n’en fallait pas plus pour que la machine à la diabolisation et à la désinformation sortent toutes ses munitions. L’enfer n’était plus assez profond et cruel pour recevoir un personnage aussi trompeur. Elle en n’avait jamais fait autant pour diaboliser un Président. Ni Papa Doc, ni les chefs militaires putschistes n’ont eu droit à pareil traitement.

« Ce scrutin fut marqué par de multiples malversations et plongea à nouveau le pays dans une situation des plus confuses. De plus, le trafic de drogue a dépassé les records atteints sous la junte militaire. Quant à la classe moyenne, elle n'a pas semblé apprécier l'ancien «petit curé». Elle lui a reproché ses sermons, ses origines, son caractère imprévisible et son emprise sur les masses. Ses adversaires considéraient Aristide comme un dangereux démagogue, voire le champion de la duplicité et du vol.
 
Enfin, «Titid», comme l'appelait le peuple, n'a jamais digéré les trois ans volés lors de son exil forcé à Washington. Par peur, il s'est défendu et a eu tendance à devenir plus autoritaire, comme bien d'autres l'avaient fait avant lui! Depuis les élections de 2000, c'était l'impasse entre le Lafanmi Lavalas, le parti du président, et l'Organisation du peuple en lutte, qui contrôlait le Parlement. C'est un véritable régime d'anarchie qui s'est de nouveau installé en Haïti. »
 
« Puis, le 29 avril 2004, Jean Bertrand Aristide a fini par démissionner de la présidence haïtienne, alors que sont arrivés les premiers Marines américains, avant-garde d'une force internationale envoyée par l'ONU pour ramener l'ordre dans la capitale, Port-au-Prince. Ces forces comprennent des troupes américaines, françaises, canadiennes et d'autres des Caraïbes. Peu après le départ d'Aristide, le président de la Cour de cassation d'Haïti, Boniface Alexandre, a annoncé qu'il assurait l'intérim en vertu de la Constitution. À l'issue de neuf jours d'un dépouillement chaotique, René Préval a finalement été déclaré, le 16 février 2006, vainqueur de l'élection présidentielle d'Haïti, avec 51,5 % des voix. Le jour de son investiture, le 14 mai suivant, le nouveau président déclarait en créole: «Je promets de me dévouer à la Constitution, de respecter les lois haïtiennes et de protéger la souveraineté du pays.»

Comme tout semble facile : des troubles internes, le Président démissionne, une bonne âme accepte d’assumer la transition, comme Pedro Carmona au Venezuela lors du coup d’État manqué de 2002 ou Michelletti au Honduras qui se dévoue comme un « héro national » pour assurer des élections libres pour un nouveau Président. Il y a là comme une recette pour procéder à un changement de gouvernement de manière à ne pas trop faire de vagues. Dans certains cas, apparaître même comme des sauveurs.

Je conclue en disant que le « peuple haïtien » est toujours le peuple le plus pauvre de l’hémisphère occidentale alors que le pays, paradoxalement, dispose d’infrastructures aéroportuaires des plus modernes. Curieux, n’est-ce pas? Depuis des décennies les gouvernements versent des centaines de millions de dollars dans ce pays dont la population vit toujours, à 70%, dans une extrême pauvreté.

Si ce n’étaient des 400 médecins cubains qui y travaillent auprès des populations les plus démunis, ce serait encore plus tragique. D’ailleurs ils ont été les premiers présents auprès des victimes de ce puissant et terrible tremblement de terre. Nos médias ont oublié d’en glisser un mot.

J’espère que vous ne m’en voudrez pas si je vous confie qu’il y a des larmes qui me font pleurer et d’autres qui me donnent des « hauts de cœur ». Je pleure avec le peuple Haïtien pour autant de souffrances et de calamités qui lui tombent dessus. Par contre les larmes de ceux qui l’ont maintenu dans la dépendance et la pauvreté, me rendent malade.

Oscar Fortin

Québec, le 14 janvier 2010

http://humanisme.blogspot.com





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